Thee 999 project

Thee 999 project is a complex artistic project that results in three hand-made books, photographies, video and texts.

Thee 999 project

Thee 999 Project has been realized during a residency program at In Art Platform (art center in South Korea) in summer 2010. The project became reality in fall by an installation mixing 3 books, a video projection, photographies and miscellaneous items.
Developed as an obsession with a mystical plan build around the number 9 (and its square root, the number 3), 999 spread out an esoteric language to express the mysterious space that separates the two cultures.
In the end, fantasies, projections of the readers, myths and popular icons crystallize onto a pastiche image, uncertain and imperfect reproduction, produced with limited means.
The project name is written with 3 times the number 9, number of rules in Satanism and number of muses. 666 is the number of the beast. 999 is the name of the project.

The Project 999 is an attempt to confront individual, universal and exotic cultures, or more precisely a weak attempt to reproduce personal and cultural references in a foreign context, with local resources, found nearby the explored area.
It reproduces personal and universal myths in the local situation of South Korea , merging the very similar characters of Kumiho (classic creature in Korean tales) and Foxy Lady (Jimi Hendrix’s famous song) from vernacular elements.
999 is about the alteration of popular icons when they are rebuild from alien materials in a remote social context, while they are getting into the melting-pot of distant cultures; while their flavor is diluted or reveals a new facet of their geometry.

999 is

3 girls and 3 triangles, basic figures with 3 edges.
3 complementary books, hand-made in 3 exemplaries each.
3 languages involved (English / French / Korean) assigned to 3 different colors  (Red / Green / Blue).
A total of 9 books, home processed with basic tools (laser printer, cutter, pin and needle).
A story mixing fiction and real individual experience on the 9 pages of book #1.
A korean myth character, Kumiho, 9 tail fox who takes the appearance of a beautiful woman to seduce and lead men to death.
999 Is written with 3 times the number 9, wich is the number of satanic rules and number of muses.
There are 99 pages in book #2 which contains 99 consecutive translations of Jimy Hendrix song Foxy Lady and 99 pages in book #3, a flip-book which is so big that it cannot be flip and where the same picture is repeated 99 times with a simple fading blur effect.
666 is the number of the beast.
999 is the name of the project.

The 3 books

Book 1: the story

  • Contains a 3 pages story (autobiographicfiction) that is translated in the 3 languages of the project (english, french & korean)
  • A different colors is used for each language (red, blue & green)
  • 3 pages x 3 translations = 9 pages

Book 2: the revelation

  • Contains 99 pages which contains consecutive translations of Foxy Lady lyrics until the text reveals a new form…

Book 3: the appearance

  • Contains 99 times the same picture fading in and out to black.
  • The central pages reveals the full picture.
  • The book should be flipped to make a movie.

 

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Statement (French)

 

Point de départ

Le projet 999 a été mené en résidence au centre d’art In Art Platform (Corée du sud)en été 2010. Il s’est concrétisé à l’automne par une installation mêlant 3 livres, une video-projection, des photographies et des objets divers.
Elaboré avec obsession comme un plan mystique autour du chiffre 9 et de sa racine carrée, le chiffre 3, 999 invente un langage ésotérique pour exprimer le mystérieux espace séparant les deux cultures.
Au final, fantasmes, projections du regardant, mythes et icônes populaires se cristallisent sur une image pastiche, reproduction incertaine et imparfaite, produite avec les moyens du bord.
Le nom du projet est écrit avec 3 fois le chiffre 9, nombre de règles satanistes et de muses. 666 est le chiffre de la bête. 999 est le nom du projet.

Le projet 999 est une tentative de confrontation d’éléments culturels individuels, universels et exotiques ou, plus précisément, une tentative de reproduction approximative de repères culturels personnels dans un contexte étranger, à partir de moyens locaux, trouvés dans les environs explorés.
A travers différents éléments (livres, photographies, vidéo, objets), L’artiste reconstruit ses mythes personnels – et en partie universels – à partir d’éléments vernaculaires dans le contexte local étranger de la Corée du sud, mêlant les figures très semblables du Kumiho (créature classique des contes coréens) et de Foxy Lady célèbre chanson de Jimi Hendrix.
999 questionne ainsi le devenir des icônes populaires quand elles sont reconstruites à partir de matériaux autres, dans un contexte social différent, quand elle sont immergées dans le creuset de cultures éloignées : lorsqu’elles diluent leur saveur ou révèlent une nouvelle facette de leur géométrie.

Le kumiho

La première référence, le Kumiho ou Gumiho (구미호) est un renard à 9 queues présent dans les contes oraux coréens (Kitsuné au japon et Huli Jing en Chine) et que l’on retrouve régulièrement aujourd’hui dans les divertissements populaires (dessins animés, mangas, jeux vidéos, séries télévisées et cinéma).
Selon la légende, un renard arrivé à l’âge de cent ans deviendrait un Kumiho, créature maléfique capable de se métamorphoser librement et recouvrir, bien souvent, l’apparence d’une jeune fille séduisante à l’éblouissante beauté pour attirer ses victimes masculines vers des horizons érotiques et mortifères avant de retourner à sa nature animale.
Malgré ses puissants talents de transformation, cette terrible prédatrice misandre et cruelle, conserve toutefois toujours un attribut de sa nature animale : une queue, des oreilles… ou bien encore une odeur. Aussi, l’un des moyens de la démasquer est bien souvent de la déshabiller.

Foxy lady

La chanson de Jimmy Hendrix, axée autour d’une femme-rusée ou femme-renard incarne parfaitement le mythe du Kumiho et devient le point de départ d’une construction plastique symbolique et figurée.
A l’instar de l’œuvre complète de Jimi Hendrix, cette chanson distille au cœur d’une tension animale, un mélange bouillant de jeux d’attraction et de dangers sous-jacents, calculés - mais partiellement contrôlés - qui permettent ici de transposer le conte ancestral dans un registre actuel plus âpre, plus intime et plus direct… celui du réel, du sexe et du rock’n’roll.

Les 3 livres

LIVRE 1
Le livre 1 dévoile une histoire à mi-chemin entre fiction et auto-biographie. Elle est basée sur le processus réel mis en place par l’artiste et son arrivée au centre d’art.
Les faits sont toutefois arrangés au profit d’une construction plus narrative qui permet au visiteur de déchiffrer les éléments qui lui sont ensuite délivrés.

LIVRE 2
Aujourd’hui et surtout dans un pays ou la technologie est omniprésente comme la Corée, la communication peut s’appuyer sur des outils numériques de traduction véhiculés principalement par les téléphones portables. Ces outils introduisent des jeux de décryptage et d’approximation qui donnent lieu à l’humour, la poésie, l’absurde ou l’incompréhension. Bien que d’un point de vue logistique, ses outils laissent des gouffres béants d’incertitude et qu’il faille souvent se soumettre à l’anglais pour traduire un message entre des langues aussi éloignées que le français et le coréen, ils apparaissent ici comme un moyen efficace d’exploration de la communication inter-culturelle.

Aussi le livre 2 propose une sorte de téléphone arabe joué en trio. Il déploie sur 99 pages les paroles de la chanson Foxy Lady traduites consécutivement en français, anglais (langue de transition entre l’indigène et l’allogène) puis coréen.
Cette itération automatisée du texte induit une altération progressive. Plus il est ressassé, plus les mots se détachent et sa substance se révèle. Le texte initial s’évanouit au gré d’imperfections de traductions successives, il est mâché, remâché jusqu’à épuisement pour en extraire une essence tout autre. Plus il est travaillé et plus il s’échappe. Les paroles naïvement pop du début délivrent peu à peu dans ce processus un nouveau message beaucoup plus dense et insoupçonné : une sorte de révélation mystique.

LIVRE 3
La pochette du disque «Electric ladyland» (dans sa version originale rapidement censurée) de Jimi Hendrix  procure la matière première figurative au projet. Sa couverture présente 19 jeunes femmes nues, assisses ou allongées. Malgré le point de vue subjectif, leur intention est ambiguë et toute l’image exhale une atmosphère étrange .

L’image est reproduite au cours de la résidence, avec peu de moyens technique ou humain et induit une composition moins bigarrée (uni-ethnique) et moins léchée. Elle conserve intentionnellement le doute et l’imperfection de l’image initiale mais une lecture approfondie dévoile des éléments nouveaux.
Cette photographie est reproduite sur les 99 pages du troisième livre du projet, Flip-book géant dont le lecteur est condamné à tourner les pages une à une. Il découvre alors une photographie apparemment toujours identique mais qui change imperceptiblement de page en page.

Réflexions

Les problématiques soulevées ici sont de l’ordre de la confrontation d’un élément exogène à une culture locale et les interactions engendrées :

  • à un niveau culturel : la réappropriation, l’intégration à sa propre culture avec en combinaison la diffusion et le transfert de ses propres éléments culturels et identitaires dans l’environnement visité.
  • à un niveau social : la distance sans cesse mouvante entre les deux extrémités au fur et à mesure de l’inter-apprentissage  ; le jeu de va-et-vient, rythmé par des états et des sentiments d’attraction, de curiosité, de répulsion, d’incompréhension, de stupéfaction, d’admiration, de difficultés, d’harmonie, d’équité, d’inégalité.
  • en terme de communication : la difficulté de langage et les stratagèmes mis en place (le repli vers le mutisme, la gestuelle, le dictionnaire bilingue, la langue tierce, l’utilisation d’outils électroniques), les mé-compréhensions et incompréhensions, le trajet chaotique de l’information entre l’intention de départ et le message reçu.
  • en terme de perception et de représentation d’une culture extérieure : la vision est réduite dans un premier temps à des archétypes, des éléments culturels populaires exagérés, vulgaires, anecdotiques, caricaturaux (que l’on retrouve par exemple dans les contes, les habitudes de consommations, les mass-media). L’oeil candide saura percevoir ces révélateurs, signes visibles de la culture qui les produit… Cette acuité sera toutefois perdue progressivement au profit d’une vision plus acérée : il s’opère en quelque sorte un rétrécissement de la perception avec l’acquisition de la connaissance et de l’habitude. Autrement dit, lorsque je me balade dans ma propre ville, je ne la vois pas alors que je serais attentif aux détails architecturaux lors d’un voyage. C’est l’analogie que l’on retrouve avec le texte du livre 2 dans lequel la déstructuration progressive rompt le lien avec l’œuvre originale.
  • à un niveau analytique : le passage d’une vision naïve à une perception aiguë et critique (du pittoresque à la réalité sociale, de l’exotisme au banal) permet peu à peu d’appréhender les mécanismes sociaux et la mémoire collective qui guide les comportements archétypaux d’une communauté. La confrontation à une société autre conduit également à une autocritique (dénigrement, renforcement,…) de ses propres modalités d’existence.

Dans 999, il est donc question de réappropriation d’éléments culturels populaires : un conte coréen et, en contrepoint, le transfert d’une mythologie individuelle et occidentale. Le Kumiho et la rockstar – figure de héros contemporain – font tout deux appel à des éléments archétypaux qui répondent à des codes préétablis et très prononcés (les mimiques sexuelles d’Hendrix et de sa guitare, l’évidence des sentiments évoqués dans le conte,…). Dans les deux cas l’autre possède deux facettes, une positive et une négative, dichotomie à l’origine du tourment et de l’intrigue.

Cette dissociation entre peur/mystère/danger et attirance/séduction/désir/plaisir au sein d’un même personnage révèle tout autant dans les deux sociétés des valeurs ancestrales, véhiculées notamment par la notion du bien et du mal dans la religion catholique, par le Yin et Yang dans la pensée orientale. Elle incarne l’ambivalence complexe des hommes et assume leur difficulté à vivre pleinement leurs pulsions animales. En ce sens Foxy Lady / Kumiho serait l’unification réussie des deux pôles, elle serait l’être complet, celui qui contient le monde. On comprend mieux alors qu’elle soit objet de désir ultime pour l’homme vulgaire qui, lui, se débat avec ces antagonismes marqués et indissociables.

Ce point de vue ouvre le projet sur des perspectives plus intimes, renforcées par les référents et la forme plastique choisis :

  • la sexualité considérée comme élément central de la vie : elle est le mode opératoire de Kumiho pour attirer ses victimes, elle est l’intention supposée collective des jeunes filles de la photographie, elle est l’objectif des paroles de Foxy Lady, elle est au coeur du triomphe de Jimi Hendrix qui, sur scène simule des pratiques sexuelles avec son instrument, il crie, sort sa langue, joue avec les dents, érige sa guitare comme un sexe, qu’il masturbe, offre au public,… et finit par mettre en feu.
  • la latence homosexuelle : Kumiho est femelle, attirante mais est affublée d’une représentation masculine outrancière  : neuf queues/phallus ; les jeunes femmes de la photographies sont présentées nues dans un contexte autre que les lieux socialement acceptés (vestiaires, établissement de bains,…) qui suppose une relation intime plus poussée.
  • l’influence des pulsions, représentée sous une forme bestiale : Kumiho est renard et humaine à la fois, elle peut passer d’un état à l’autre à volonté. Le conte, tout comme le jeu animal et incontrôlé de Jimi Hendrix nous rappelle que l’homme, lui ne possède pas une telle maîtrise, qu’il est soumis à ses pulsions, qui le conduisent à la mort (Kumiho) ou à l’extase musicale.
  • l’identité : affranchis de toute identité, les corps sont présentés nus sur la photographie, dans une réalité crue qui les condamne à leur banalité, qui renvoient les jeunes filles à leur simple existence animale et immobilisent momentanément la notion d’individu. Nous ne savons plus exactement ce qu’elles sont : animal, humain, kumiho ou simple image mentale. Cette perte d’identité perturbe la distance sociale, comme si les êtres présentés possédaient des coutumes différentes, difficile à deviner.
  • L’ambiguïté du sentiment amoureux qui se nourrit à la fois de paix et d’excitation : Kumiho est la maman et la putain de jean Eustache, elle entraîne tour à tour l’homme sur les pentes dangereuses de la passion (sa beauté dévastatrice) et dans les bras réconfortant d’une épouse parfaite (la belle-mère l’accueille à bras ouverts, selon la légende coréenne). La photographie apporte elle aussi un sentiment rassurant, ces jeunes femmes seront en nombre bien suffisant pour apaiser n’importe qu’elle homme et rassasier son appétit sexuel.
  • le dispositif exprime également le fatalisme : les 99 pages des livres que l’on doit tourner l’une après l’autre sans changements visibles démontrent la détermination des images et du texte, du scénario à se répéter. Ces feuilles de papier rendent apparentes l’usure et la temporalité des relations humaines de leur évolution, imperceptible au quotidien mais concrète. Nous savons ce que nous trouverons sur la page suivante, nous connaissons d’avance la fin du conte mais nous tournons les pages l’une après l’autre. Notre présence au monde a un début et une fin qui seront à peine influencés par notre action… et pourtant beaucoup de choses se seront passées entre le début et la fin du livre.

La prophétie de Kumiho propose un voyage, qui, malgré sa potentielle intensité est profondément prédéterminé, délimité. C’est une parenthèse, un instant hors le temps, une errance, un flottement mystérieux.